Lost In Transylvania

  

Quand je l’ai rencontré, en France, ce qui m’a d’abord frappé, c’est notre synchronicité.  Nous étions tous deux animés par une même respiration : partir. La route qui nous mena à notre destination confirma ce sentiment, nous arrivions dans un même état d’esprit, un même état d’âme. Nous étions perdus.

 

 Dans cette perdition, j’avais moi-même fait le choix de l’exil. Quitte à être nulle part chez moi, j’allais ailleurs, dans la conscience de mon errance.

Lui, c’était différent. Il revenait dans son pays. L’exil, il le vivait de plus en plus souvent, de plus en plus lourdement, depuis ces sept années. Pour lui, ce voyage n’en était pas un, on ne voyage pas chez soi, on revient chez soi. On rentre chez soi. Il voulait rentrer chez lui.

Il voulait se retrouver, retrouver cette partie de lui qu’il avait laissée ici. Retrouver les lieux de son enfance, de son adolescence. Les lieux familiers, intimes : le désordre de la cuisine familiale, la cour d’immeuble, le bar « refuge », la voiture flambant neuve du voisin.

 

Il viendra de nombreuses fois buter sur une réalité rugueuse. Cette réalité empreinte du temps qui est passé et qui est venu abîmer, défaire, user, modifier, effacer même, la vie qui fût la sienne. Le cadre a changé, hier devient si loin.

Je l’ai observé parfois, allumer une cigarette, s’asseoir dans le passé, dans le noir, dans l’air si particulier de la nuit, avec comme seule lumière le rouge flamboyant de la vie qui se consume. Ces nuits lui redonnaient un souffle et le lui reprenaient.

Il n’était pas préparé.

 

 Sa route devint peu à peu comme ces routes accidentées qui malmènent les passagers. Et c’est sur ce sol brut que son histoire est venue me chercher et qu’elle a trouvé chez moi un écho, une résonnance.

 

   Nous nous sommes retrouvés sur cette route, perdus.